Télécharger gratuitement des MP3 sur internet, c'est plaisant pour les oreilles, mais cela ne menace t-il pas financièrement les artistes qui produisent la musique dont sont issus ces MP3 ?
C'est en répondant par l'affirmative que les maisons de disques justifient leurs actions, alors que le logiciel Napster fonctionnait à merveille et que des millions de MP3 y circulaient, un procès à son encontre fut annoncé, ce qui entama une série de longues luttes contre le "piratage de fichiers musicaux sur internet".
On peut se poser plusieurs questions, à propos de l'influence du libre téléchargement de fichiers MP3 sur internet.
- Quel sont les avantages offerts par le téléchargement de MP3 ?
- Est-ce que les personnes qui téléchargent des albums complets achètent toujours des CDs ?
- Quel est l'impact réel sur les ventes ? Les artistes en souffrent-ils vraiment ?
- Ne peut on pas controler les échanges de fichiers, et ne peut on pas les rendre payants de manière a rénumérer les artistes comme il se doit ?
- Quel sont les avantages offerts par le téléchargement de MP3 ?
Les avantages sont plus ou moins grands, selon votre connection internet.
Il n'est pas réellement interessant pour une personne possédant un 56K et un petit forfait internet, comme 10H par mois ou même 20H par mois, d'utiliser des logiciels d'échange de fichiers.
Il faut compter 20 minutes pour récuperer une chanson, c'est relativement peu, mais pour télécharger un album, il faut 4 ou 5 Heures, consacrées au téléchargement EXCLUSIF des fichiers.
Il faut aussi tenir compte du fait qu'il faut passer un certain temps à se renseigner, pour trouver ce que l'on cherche, qu'il faut télécharger des logiciels (Kazaa, WinMX ou autre) à côté de cela, que certaines chansons téléchargées pourraient être incomplètes, ou de mauvaise qualité et donc devraient être retéléchargées.
Avec 50H de forfait, et un 56K, l'interet est déjà plus conséquent, car on peut passer du temps à rechercher des MP3, et avoir suffisament d'heures pour faire d'autres activités sur internet.
Quant aux connexions haut débits, il n'y a plus de soucis, il n'y a aucune raison pour ne pas profiter des échanges de fichiers, car cela n'a aucun coût, la connexion étant illimitée en temps. Cela est de même valable pour les chanceux possesseurs de 56K et de forfait illimité.
Ensuite, chacun peut y trouver son interêt.
Télécharger peut servir à découvrir de nouveaux artistes, à posséder une chanson que l'on a déjà entendu, et que l'on souhaite réecouter, à télécharger les albums d'artistes qu'on apprécie, à se faire des compilations... Et donc, à nous éviter d'acheter un peu au hasard des CDs au prix souvent excessif, au profit de CDs d'artistes que nous ne connaissions pas, dont on a entendu des extraits sur internet et qui nous plaisent !
- Est-ce que les personnes qui téléchargent des albums complets achètent toujours des CDs ?
Plusieurs situations, pour répondre à cette question :
il existe une catégorie de personnes, qui n'achète jamais ou très rarement des CD audio, ces personnes qui ont la chance de posséder internet peuvent donc finalement écouter les artistes qu'ils aiment et récupérer leurs albums.
On voit bien ici que l'impact est moindre, car ces gens n'achetaient pas et n'acheteront toujours pas (quoique...). Leur argument de défense: "Je télécharge des albums que je n'aurais de toute façon jamais acheté".
Cela ne coute donc rien à l'artiste, quoiqu'il en soit, son CD ne sera pas acheté, donc autant pouvoir faire profiter les fans, leur donner envie d'en écouter plus, d'aller à des concerts ou autres, leur faire apprécier au point de les pousser à acheter ces CDs (CDs qu'ils n'auraient "normalement" jamais acheté !).
Télécharger des MP3, ça a aussi un impact sur celui qui les écoute, pas seulement sur le porte monnaie de l'artiste.
Une autre catégorie de personnes, ceux qui achetaient, et qui n'achètent plus de CDs... ah, seraient-ce ces gens-la, les vrais fautifs ?
Si on aime un artiste... c'est surtout pour sa musique, mais pourtant lorsqu'on est fan, on ne se contente pas de MP3 gravés sur un CD, on aime aussi posséder la boite, l'emballage et autres choses qui sont parfois livrées avec.
Mais en effet, pour ceux qui se contentent du son, le MP3 est une alternative "économique".
Une dernière catégorie de personnes, ceux qui achetaient peu (ou qui n'achetaient pas)... et qui se mettent à acheter.
Internet est un bon moyen pour découvrir de nouveaux artistes, artistes que nous n'aurions jamais connu autrement (en effet, les chaines TV et radios actuelles ne semblent pas soucieuses de nous faire écouter de la nouveauté)
Heureusement sur Internet, les sites branchés musique ne sont pas ce qui manque. Entre les zines, les sites persos, les sites de recensement et de revues (allmusic.com) et les forums de discussion, ces sites sont source de découvertes pour qui se donne la peine de les consulter. On peut même télécharger au hazard, ce qui "malheureusement" est plutôt rare, car la plupart des gens ne téléchargent que des choses qu'ils connaissent déjà.
Au final, un filtre s'opère, cela permet aux gens d'éviter d'acheter n'importe quoi, et cela fait découvrir de nouveaux artistes.
Les ventes de CDs Audio auraient donc baissé. Certains sont convaincus que le P2P en est la cause, il se peut qu'il en soit responsable en partie, mais rien ne le prouve.
- Quel est l'impact réel sur les ventes ? Les artistes en souffrent-ils vraiment ?
C'est une question sans réponse, mais on peut donner tout de même donner quelques pistes sur ce que cela signifie pour l'artiste.
Tout d'abord, les artistes ne perçoivent généralement pas plus de 8% des bénéfices sur la vente d'un CD, plus ou moins selon leur popularité (souvent moins), ce qui represente près de 1€ par CD à partager pour chaque artiste ayant contribué au disque (y compris parfois le manager). L'argent revenant à l'artiste n'est donc qu'une petite part des bénéfices, les principaux gagnants dans l'affaire étant surtout les maisons de disques, les producteurs.
N'est-ce pas injuste dans ce cas, de subventionner les maisons de disques plutot que les artistes ?
On peut aussi penser que les artistes qui sont les plus fréquemment téléchargés (et qui subissent le plus de pertes) sont les plus populaires (sous-entendu : les plus commerciaux).
De fait, ce sont aussi ceux qui peuvent se permettre d'en vendre un peu moins.
L'inverse est de même valable, c'est à dire, pour les artistes peu populaires qui vendent peu de disques, il y a peu de pertes, car peu de MP3 sont échangés.
Les plus grands perdants dans l'affaire sont donc les maisons de disque, c'est d'ailleurs pour cela que ce sont elles qui engagent les poursuites judiciaires (parfois même sans l'accord de l'artiste). Internet est un moyen de promotion et de distribution alternatif, on comprend donc que les maisons de disques s'en prennent à eux.
- Ne peut on pas controler les échanges de fichiers, et ne peut on pas les rendre payants de manière a rénumérer les artistes comme il se doit ?
Deux sortes de P2P existent, le premier fonctionne au moyen de serveurs centralisés, le second fait intervenir chaque membre du réseau pour agir en tant que serveur, le réseau est alors décentralisé.
Il est facile de bloquer un réseau centralisé, ainsi, Napster n'a pas pû continuer de fonctionner suite aux plaintes qu'il a reçu, contraint à obéir car sensible au pouvoir judiciaire.
Un réseau décentralisé ne dépend d'aucune "structure principale", on ne peut donc pas bloquer cette structure, ni empêcher le fonctionnement du réseau.
Il existe quelques variantes de ces réseaux, des hybrides des deux réseaux, mais il n'est pas interessant de détailler leur fonctionnement ici.
On peut donc dire qu'il est possible d'exercer un control partiel sur certains réseaux, dépendant de la technologie qu'ils utilisent.
Il est de même envisageable de proposer un service payant.
Certains s'y sont lancé, tels qu'audiogalaxy (sous le nom de rhapsody) ou bien napster (dont l'offre payante ne verra peut être jamais le jour).
Comme il existera toujours des moyens gratuits pour échanger des MP3, il est assez difficile aux formules payantes de s'imposer.
Cela soulève aussi le problème que si une formule payante est lancée à partir de rien, la banque de données disponible sur le réseau sera moindre, et il sera donc peu interessant de souscrire à un abonnement pour en profiter, à cela s'ajoute la retissance qu'ont les gens à dépenser de l'argent pour quelquechose qu'ils peuvent avoir gratuitement.
C'est pourquoi la plupart des logiciels mettent en place une formule gratuite, pour ramasser du monde, puis un jour futur, passeront à une version payante en esperant que les habitués de la version gratuite souscriront à la version payante.
Nous pensons que tant que les versions payantes de ces logiciels ne proposeront pas de réels avantages par rapport a leurs concurrents gratuits (ce qui est assez irréalisable, en considérant l'importance du développement du "monde du libre" - la communauté opensource et de l'engagement de développeurs bénévoles), elles ne pourront pas fonctionner.
Ces logiciels trouveront toutefois leurs clients : une certaine catégorie de gens, prêts à payer peu pour posséder des fichiers légalement et écouter de la musique sans vraiment s'embêter.
Après, il reste à savoir comment l'argent encaissé sera redistribué aux artistes...
Notons aussi un concept interessant, dont l'initiateur est le programme Flipr. (voir test)
L'équipe de Flipr s'est arrangé avec les labels, pour distribuer les artistes, légalement, et n'autoriser QUE certaines chansons.
L'utilisation du logiciel est gratuite, mais en contrepartie, il faut visionner une bannière de pub.
A savoir qu'il est également prévu une version payante et sans bannière de pub
Ainsi, les artistes seront renumérés en fonction du nombre de téléchargements qui s'effectuent via le réseau.
Les avantages de flipr sont que tout s'effectue légalement, gratuitement, cela est bénéfique pour les artistes et se fait dans l'optique de promouvoir de nouveaux artistes. Malheureusement, le buziness de la publicité via internet (qui est le moyen de rémunération de flipr) va plutôt mal, et flipr n'a pas encore annoncé de date de lancement grand public de son projet, son développement stagne.
- Notre situation par rapport à tout cela :
Nous n'avons donc rien contre les artistes et nous respectons leur travail, nous profitons de l'opportunité qui nous est donné, pour écouter la musique que l'on apprécie, sans pour autant tomber dans l'excès en collectionnant tout et n'importe quoi.
Nous continuons d'acheter des albums selon nos moyens, en fait, le MP3 n'a pas tant fait chuter notre consommation de CD, mais a plutôt élargi nos horizons musicaux.